Avant de devenir la star des frites, la tomate a connu une drôle de carrière dans les remèdes américains du XIXe siècle. Mais le ketchup actuel n’était pas un médicament.
Une sauce qui devait soigner ?
Aujourd’hui, le ketchup accompagne les frites et les hamburgers. Pourtant, au XIXe siècle, aux États-Unis, la tomate et certaines préparations qui en étaient tirées ont été présentées comme de véritables remèdes. Une histoire surprenante, souvent résumée par la formule « le ketchup était un médicament ». La réalité est plus nuancée, mais tout aussi étonnante.
La tomate, longtemps regardée avec méfiance
Au début des années 1800, la tomate ne fait pas encore l’unanimité dans la cuisine américaine. Elle est connue, cultivée et consommée dans certaines régions, mais d’autres la regardent avec suspicion. Son appartenance à la famille des solanacées, qui comprend aussi des plantes toxiques, contribue à nourrir les inquiétudes. Des médecins vont pourtant contribuer à transformer son image.
Un médecin convaincu de ses vertus
Dans les années 1830, John Cook Bennett affirme que les tomates peuvent soulager la diarrhée, l’indigestion et divers troubles digestifs. Il recommande de les consommer crues, cuisinées ou préparées en sauce, notamment sous forme de « catsup ». Ses déclarations circulent largement dans la presse. Mais ces promesses thérapeutiques ne reposent pas sur des preuves scientifiques solides.
Des pilules de tomate vendues au public
L’engouement prend une tournure commerciale. Dès le milieu des années 1830, des vendeurs proposent des pilules et des extraits prétendument élaborés à partir de tomates. Certains produits sont commercialisés dans des pharmacies, mais aussi dans d’autres commerces. Archibald Miles et Guy R. Phelps figurent parmi les promoteurs de ces remèdes. En 1838, la concurrence devient si vive que les historiens évoquent une véritable « guerre des pilules de tomate ». La publicité promet beaucoup ; l’efficacité, elle, n’est pas démontrée.
Alors, le ketchup était-il vraiment un médicament ?
Pas exactement celui que nous connaissons. Le ketchup de tomate existait déjà comme préparation culinaire, mais il n’avait ni la recette standardisée ni la place qu’occupe aujourd’hui la sauce sucrée des supermarchés. Ce sont surtout les tomates, certains catsups et des extraits ou pilules qui ont été vantés pour leurs supposées propriétés médicinales. Dire que les bouteilles de ketchup moderne étaient prescrites par les médecins serait donc trompeur.
De la pharmacie à la table
Au fil du XIXe siècle, la mode des pilules de tomate s’essouffle. En revanche, le fruit s’installe durablement dans l’alimentation américaine. Les recettes de sauces se multiplient et la fabrication industrielle contribue plus tard au succès du ketchup moderne. L’ironie de l’histoire ? Une campagne de promotion médicale contestable a participé à populariser un aliment devenu incontournable.
Une histoire à raconter au prochain repas
La prochaine fois que quelqu’un réclamera du ketchup, vous pourrez lui raconter qu’au XIXe siècle, des marchands vendaient des pilules de tomate comme remèdes digestifs. En précisant, bien sûr, que cela ne transforme pas votre flacon en médicament. Aiò, les frites peuvent rester tranquilles !
