La Corse oubliée – Épisode 3 : les pagliaghji, ces abris de pierre qui racontent notre histoire

Publié le 10 octobre 2026 à 12:28 par MC

Au détour d’un sentier corse, une petite construction en pierre apparaît parfois entre les arbres. Sans fenêtre, avec une ouverture étroite et des murs épais, elle semble appartenir à un autre temps.

Ces bâtiments modestes portent un nom : les pagliaghji.

Longtemps indispensables à la vie agricole et pastorale, ils racontent une Corse où chaque parcelle de terre avait son importance.

Des constructions au service de la vie quotidienne

Le mot pagliaghju évoque notamment la paille et son stockage.

Mais ces constructions remplissaient plusieurs fonctions. Les agriculteurs pouvaient y conserver leurs outils, leurs récoltes ou du fourrage. Les bergers les utilisaient également comme abris temporaires.

Selon les régions, leur forme et leur usage variaient.

Certains étaient associés aux cultures céréalières. D’autres servaient aux activités d’élevage ou à l’entretien des oliveraies.

Ils étaient bien plus que de simples cabanes : ils facilitaient le travail quotidien, parfois loin des villages.

Un savoir-faire adapté au territoire corse

Construire un pagliaghju exigeait de connaître les matériaux disponibles.

Les bâtisseurs utilisaient notamment le schiste, le granite ou d’autres pierres locales.

De nombreuses constructions reposaient sur des techniques de pierre sèche. Les pierres étaient soigneusement assemblées pour former des murs résistants.

Les toitures variaient selon les lieux et les époques. Certaines utilisaient des lauzes, d’autres une charpente en bois.

Ces constructions s’intégraient au paysage, sans nécessiter de matériaux industriels.

L’Agriate, terre de pagliaghji

L’Agriate conserve un patrimoine rural particulièrement remarquable.

Contrairement à l’image d’un territoire uniquement sauvage, cette région a longtemps accueilli des activités agricoles et pastorales.

D’après l’Atlas des paysages de la Corse, environ deux cents pagliaghji y avaient été édifiés.

Certains formaient de petits ensembles. D’autres étaient isolés au milieu des terres cultivées ou des pâturages.

À Ghignu, près de Malfalcu, plusieurs de ces anciennes constructions ont même été restaurées pour accueillir des randonneurs.

Leur existence rappelle que ces paysages aujourd’hui parcourus pour leurs plages et leurs sentiers étaient aussi des lieux de travail.

Pourquoi certains pagliaghji disparaissent-ils ?

Avec l’évolution des pratiques agricoles et l’abandon de certaines terres, de nombreux bâtiments ont perdu leur fonction.

Sans entretien, les toitures se dégradent. Les murs peuvent s’effondrer et la végétation recouvre progressivement les constructions.

Pourtant, ces vestiges conservent une valeur historique.

Ils permettent de comprendre comment les habitants exploitaient les ressources locales et organisaient leur quotidien.

Un patrimoine qui peut encore être sauvé

Des initiatives de restauration existent en Corse.

Sur le territoire du Grand Site de Conca d’Oru, un inventaire a recensé plus de 250 édifices agricoles. Cette démarche a notamment contribué à la restauration de deux pagliaghji.

Préserver ces constructions ne consiste pas seulement à conserver de vieilles pierres.

C’est aussi transmettre la mémoire des agriculteurs, des bergers et des bâtisseurs qui ont façonné les paysages de l’île.

Et si ces pierres pouvaient raconter leur histoire ?

Derrière chaque pagliaghju se cachent des gestes, des métiers et des habitudes qui ont marqué plusieurs générations.

Certains habitants connaissent encore leur emplacement, leur ancien propriétaire ou leur utilisation.

Ces souvenirs représentent une mémoire précieuse.

Et vous, connaissez-vous un pagliaghju près de votre village ?

Votre famille en possédait-elle un ? Avez-vous des souvenirs ou des photographies de ces constructions ?

Racontez-nous leur histoire dans les commentaires.

MC – Corsactu

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