Une rallonge de 62 millions d’euros pour la continuité territoriale de la Corse a été adoptée à l’Assemblée nationale lors de l’examen du budget 2027. Un vote important pour les liaisons aériennes et maritimes avec le continent. Mais attention : le parcours parlementaire n’est pas terminé, et cet argent n’est pas un chèque distribué directement aux voyageurs.
62 millions d’euros : ce que les députés ont voté
Le mardi 20 octobre 2026, un amendement déposé par le député de Corse-du-Sud Paul-André Colombani et défendu dans l’hémicycle par Michel Castellani a été adopté lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Le texte prévoit un prélèvement supplémentaire de 62 millions d’euros sur les recettes de l’État au bénéfice de la Collectivité de Corse, afin de compenser la non-indexation de la dotation de continuité territoriale.
Le vote est intervenu malgré les avis défavorables du gouvernement et du rapporteur. Il marque donc une étape politique importante, mais ne signifie pas que la mesure est définitivement inscrite dans le budget promulgué.
La continuité territoriale, à quoi ça sert exactement ?
Vivre sur une île implique des dépenses et des contraintes particulières. Pour se rendre sur le continent, consulter certains spécialistes, poursuivre des études, travailler ou transporter des marchandises, il faut généralement prendre l’avion ou le bateau. La continuité territoriale vise à limiter les conséquences de cet éloignement géographique.
Concrètement, la dotation contribue au financement des services publics de transport aérien et maritime entre la Corse et le continent, notamment à travers les délégations de service public (DSP). Ces contrats fixent des obligations de desserte et de service, avec un financement public destiné à les rendre possibles.
Les 62 millions ne correspondent donc pas à une baisse automatique de 62 millions sur les billets, ni à une aide individuelle versée aux habitants. Leur rôle est de soutenir le financement global de ces liaisons.
Pourquoi faut-il réclamer cette rallonge chaque année ?
Le cœur du problème remonte à 2009. Depuis cette date, la dotation de base est figée à 187 millions d’euros, sans revalorisation automatique tenant compte de l’inflation. Or les coûts de transport ont évolué : carburant, exploitation, entretien, charges et besoins de desserte ne sont plus ceux d’il y a dix-sept ans.
Les parlementaires corses estiment qu’une enveloppe immobile perd progressivement de sa valeur réelle. Le complément de 62 millions d’euros vise à compenser une partie de cet écart. Une somme de même montant figurait déjà dans la loi de finances pour 2026 : le débat actuel porte donc aussi sur son maintien pour 2027, et pas sur la création soudaine d’un nouveau dispositif.
Cette répétition annuelle est précisément ce que contestent les défenseurs de la mesure. Ils souhaitent une indexation pérenne, plutôt qu’une négociation recommencée à chaque budget. Autrement dit : éviter que la desserte de l’île dépende, année après année, d’un nouvel amendement arraché au dernier moment.
Qui est concerné par ces financements ?
Les habitants qui se déplacent pour des raisons familiales, professionnelles, universitaires ou médicales sont directement concernés par la qualité des liaisons. Les entreprises le sont également, car l’approvisionnement de l’île dépend en partie du transport maritime. Une desserte régulière et suffisamment financée compte donc autant pour la vie quotidienne que pour l’activité économique.
Il faut néanmoins distinguer le financement du service public de l’évolution concrète des prix : un complément budgétaire ne garantit pas, à lui seul, que tous les tarifs baisseront. Les effets dépendent notamment des contrats de desserte et des décisions prises par les autorités compétentes.
Et maintenant, les 62 millions sont-ils acquis ?
Non, pas définitivement. L’amendement adopté par les députés doit encore s’inscrire dans le parcours du projet de loi de finances. Le texte peut évoluer au Sénat et au cours des étapes suivantes de la procédure budgétaire. Il faudra attendre l’issue du processus législatif pour connaître le montant définitivement retenu pour 2027.
Pour la Corse, l’enjeu dépasse donc le seul chiffre annoncé ce mardi. La question de fond reste la même : comment financer durablement des transports indispensables sans devoir rediscuter chaque année d’une compensation devenue structurelle ?
Aiò, 62 millions votés, c’est une étape. Mais entre un amendement adopté et un budget définitivement validé, il reste encore quelques escales !
Article rédigé le 20 octobre 2026. Situation parlementaire susceptible d’évoluer.
